Réjean DUCHARME

C'est un fait connu de toute la francophonie, Réjean Ducharme a choisi de se tenir à l'écart et de rester l'écrivain sans visage public sauf pour sa photo de collégien, largement diffusée et pour celle paraissant ici, qui date probablement de 1994. Né à Saint-Félix de Valois, il exerce plusieurs métiers avant d'écrire son premier roman, L'avalée des avalés (1966), mis en candidature pour le prix Goncourt, et qui remporte en 1967 le Prix du Gouverneur général du Canada. Son deuxième roman, Le nez qui voque (1967), lui mérite le Prix littéraire de la Province de Québec en 1967. Il écrit par la suite L'océantume (1968), La fille de Christophe Colomb (1969), L'hiver de force (prix Belgique-Canada, 1973), Les enfantômes (prix France-Canada, 1976), Dévadé (1990) (le premier prix Alexandre-Vialatte en 1991) et Va savoir (1994). Réjean Ducharme est également l'auteur des scénarios Les bons débarras [1978] et Les beaux souvenirs (1981), films réalisés par Francis Mankiewicz. Il a en outre écrit les paroles de plusieurs chansons de Robert Charlebois. Sa pièce Ha ha!..., qui lui a valu le Prix du Gouverneur général du Canada en 1982 et le prix littéraire du Journal de Montréal en 1983, connaissait une nouvelle production fort remarquée sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde en 1990. Une nouvelle production de sa seconde pièce, Ines Pérée et Inat Tendu, devenait l'année suivante ce que la critique a appelé « un grand coup de théâtre au TNM ».
(Photo : DR)
Note : Les œuvres de cet auteur ne font pas partie de l'entente MEQ-AQAD.

 
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Index alphabétique des titres
Ha ha!… Ines Pérée et Inat Tendu Le Cid maghané Le marquis qui perdit
 
Ha ha!… [1978] Pour en savoir plus sur la publication
  (Éditions Lacombe et Éditions Gallimard, 1982)
  Ce texte a été présenté en lecture publique par le CEAD, les 17, 22 et 27 janvier 1982, respectivement au Théâtre de l'Est Parisien, au Théâtre les Ateliers de Lyon et au Théâtre Populaire Romand (La Chaux-de-Fonds, Suisse).
Création
  Théâtre du Nouveau Monde, 10 mars 1978
Traductions
  - Traduit en anglais par David Homel sous le titre de HA! HA! (English translation) [1986] (Exile Editions, Toronto, 1986)
Résumé
  Dans un grand appartement agressivement confortable, c'est-à-dire d'une laideur ultra-moderne, se réunissent quatre personnages : Sophie la rousse, Roger, son amant gras et mou, Bernard, l'élégant taré alcoolique et sa toute jeune épouse Mimi, passive et coupable de naissance. Ils vont se jouer à eux-mêmes, autant qu'aux autres, un show d'une truculence désespérée qui est le procès de toute existence.
Durée
  2 heures 30
Nombre de personnages
  2 femmes, 2 hommes (2F2H)  Pour en savoir plus sur la distribution
Extrait
  « SOPHIE : Tu vas venir t'asseoir puis jaser. Ça fait depuis mardi que je téléphone pour parler à du monde […] Tu vas te tenir tranquille puis tu vas m'écouter. / BERNARD : Que c'est que t'as, ma Puce? Qu'est-ce t'as donc?… Un problème? / SOPHIE : Niaiseux!… Niaiseux!… / BERNARD : Un problème sec sec sexuel… j'espère. / SOPHIE : Le seul que j'ai c'est celui que tu me donnes : puis il est comme toi : bien insignifiant!… (Repoussant la main de Bernard) Et puis tu vas me lâcher? Cinq minutes? Je parle! Je parle! / BERNARD : J'essayais de faire ton bonheur. / SOPHIE : Essaie avec tes oreilles! Je parle! / BERNARD : Parle! Parle! Je te dérangerai pas… je vais m'en aller… / SOPHIE : Attends. Tu me chicaneras tout à l'heure. Quand je t'aurai donné une bonne raison… parce que j'en ai une… une kapab… Bernard… eeeeeeeee… Bernard j'ai lâché ma job! / BERNARD : Ah ah!… Ah ah!… »
Revue de presse
  « Je ne connais pas de texte théâtral où l'on passe aussi vite et aussi souvent du rire irrésistible à un désespoir implacable. » Michel Biron, Cahiers de théâtre Jeu, n°55, juin 1990.
« Si l'enfer c'est les autres, on ne pourrait le prouver plus explicitement que dans cette pièce. Le style de Ducharme, qui offre calembours et jeux de mots en tous genres, risque d'oblitérer un fait fondamental : Ha ha…! est une des pièces – sinon la pièce – la plus violente de la dramaturgie québécoise. Une violence atroce, absolue, sans cesse masquée, brouillée, par un langage ludique et inventif.[…] Toute la thématique ducharmienne est présente dans Ha ha…! , une de ses œuvres les plus fortes, et on ne peut s'empêcher de penser, en regardant les aquariums encastrés au fond de la pièce, aux nombreuses pages que Ducharme a écrites sur le fleuve et imaginer l'eau déferler sur scène, comme cette langue qui frappe le spectateur à la manière d'un torrent. » Jean-François Chassay, Spirale, avril 1990.
« Ha ha…!, c'est la perversion, la sédition par la langue, le dérèglement de l'ordre des mots établis. […] Réjean Ducharme nous aura redonné la richesse, la force et la poésie de notre langue […] québécoise. » Jean Beaunoyer, La Presse, 27 janvier 1990.
« Ha ha…! de Réjean Ducharme est l'une des pièces les plus fortes du répertoire québécois, sinon la plus dure. » Robert Lévesque, Le Devoir, 29 janvier 1990.


 
Le marquis qui perdit [1969]
Consultation sur place seulement
Création
  Théâtre du Nouveau Monde, 17 janvier 1970
Résumé
  Vaudreuil, Montcalm, Bigot et les courtisanes de la Nouvelle-France, ridiculisés avec férocité. Le marquis qui perdit c'est Montcalm, bien sûr, mais tout ce beau monde est ici sorti du livre d'histoire enjolivé. Du colonialisme français au colonialisme anglais en route pour celui des É.U.
Genre
  Satire historique
Durée
  2 heures
Nombre de personnages
  5 femmes, 5 hommes et des voix pour chanter Happy Birthday!
Public visé : Adultes
Extrait
  « VAUDREUIL : Je vous vois venir. Si vous remettez sur le tapis le marquis de Montcalm, je vais perdre mon calme! / MARIE-LOUISE : Celui qui est vide ne peut rien perdre. On garde ce qu'on a quand on n'a rien! Le calme d'un homme qui n'a pas d'estomac ne recouvre pas plus de tempête que la surface d'un trou d'eau. »

 
Le Cid maghané [1968]
Consultation sur place seulement
Création
  Festival de Sainte-Agathe, 27 juin 1968
Résumé
  Réécriture en langue québécoise du Cid de Corneille que l'auteur dédicace ainsi : « À celle qu'un soir j'ai appelée petite bête puante verte (de) Celui que le même soir elle appela : gros crocodile plein de bouette. » Pièce que l'auteur décrit ainsi : « Parodie en 14 rideaux écrite pour être jouée en costumes d'époque dans des meubles 1967. »
Durée
  2 heures
Nombre de personnages
  4 femmes, 8 hommes
Extrait
  « LE COMTE : C'est à moi que la job revenait. Il y a pas à sortir de là. / DON DIÈGUE : Tu as menti. / COMTE : Je vais te le montrer si j'ai menti, moi! / DIÈGUE : Envoie donc pour voir si tu es capable, jeune faluette! / COMTE : Tu t'es usé la langue à lécher les bottes du roi. Il te reste même plus assez de langue dans la bouche pour communier. / DIÈGUE : Tu as la langue trop sale pour les lécher, les bottes du roi. / COMTE : Le roi a choisi un vieux parce qu'il est vieux lui itou et qu'il a peur des jeunes. / DIÈGUE : Jaloux! / COMTE : J't'avertis : tu ambitionnes. / DIÈGUE : Puant! / COMTE : Tu mérites une bonne claque sur la gueule. Elle s'en vient. La voilà. Catche-la! (Claque sur la gueule. Don Diègue tombe, se relève.) / DON DIÈGUE : Je vais le dire à mon gars. »

 
Ines Pérée et Inat Tendu [1966 et 1976] Pour en savoir plus sur la publication
  (Leméac Éditeur, 1976)
  Gilles Provost, directeur artistique du Théâtre de l’Île, a lu un extrait de ce texte en lever de rideau, au Théâtre de l’Île (Gatineau), le 13 janvier 2006.
Création
  Festival de Ste-Agathe – Théâtre de la Sablière, juin 1968; Nouvelle Compagnie Théâtrale, 20 octobre 1976
Résumé
  Transcendante et « délirante épopée enfantine ». Deux adultes-enfants, ou deux adolescents attardés, parcourent le monde à la recherche d'une hospitalité prédestinée et ne la trouvent ni chez une vétérinaire directrice d'un hôpital pour chiens et chats, ni chez un psychiatre cleptomane, ni chez Sœur Saint-New-York-des-ronds-d'eau, ni chez Aidez-moi Lussier-Voucru et Pierre-Pierre Pierre qu'ils menacent d'un revolver. D'avoir parcouru ce monde absurde où ils sont arrivés par hasard, ils auront épuisé leurs forces de vie.
Durée
  2 heures
Nombre de personnages
  5 femmes, 3 hommes (5F3H)
Extrait
  « INAT TENDU : […] Notre place n'était pas dans la rigueur de ce désert. Nous étions invités dans l'été, dans la gaieté. On s'est levés, on s'est dépêchés : on croyait que c'était tout près. Nous avons couru. Nous sommes fatigués. Nous avons navigué et là nous barbotons. Nous n'avons pas trouvé. Après toutes ces années, nous cherchons encore, à qui mieux mieux. »
Revue de presse
  « […] le théâtre le plus moderne, le plus cocassement dérisoire, le plus vrai, d’ailleurs le plus québécoisement universel » Alain Pontaut, Carnet des Arts, 1966