TABLE RONDE DU CEAD AU FESTIVAL DU JAMAIS LU : Qu’est-ce qui délie la langue du théâtre enfance-jeunesse au Québec ?

Samedi le 30 avril 2011, 17h.

O Patro Výš, 356, avenue du Mont-Royal Est, Montréal ( Métro Mont-Royal)

ANIMATION :Paul Lefebvre
PANEL : Marc-Antoine Cyr, Hélène Ducharme et Jean-Frédéric Messier.

Le CEAD vous convie à une table ronde sur la langue des dramaturges qui écrivent pour le théâtre enfance-jeunesse. Comment créent-ils le langage des personnages ? Est-ce que l’âge de leur jeune public influence leur démarche ? Se sentent-ils contraints ? Y a-t-il de l’autocensure ? De la censure ? La langue dans le théâtre jeune public a-t-elle évolué depuis ses débuts ?

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Découvrez les premières idées de nos panélistes en consultant les commentaires ci-dessous.

 

4 réponses à TABLE RONDE DU CEAD AU FESTIVAL DU JAMAIS LU : Qu’est-ce qui délie la langue du théâtre enfance-jeunesse au Québec ?

  1. Marc-Antoine Cyr Marc-Antoine Cyr dit :

    Le noeud par Marc-Antoine Cyr

    Écrire pour le jeune public, c’est tenter de se mettre « à la hauteur de ».
    C’est rester un adulte pour parler à des plus petits que soi.
    Pourtant, ce n’est jamais regarder l’autre de haut.

    Cela veut surtout dire pour moi : trouver la langue qui tremble au bon endroit.
    Celle qui témoignera le mieux du vulnérable.
    Celle qui cherche à nommer le monde, à nommer un état.
    Deux innommables, en somme.
    Ma langue est une tentative.
    Ma langue est souvent inadéquate pour bien cerner les choses.
    Je cherche surtout à montrer la tentative de nommer, et moins à nommer avec clarté.
    C’est la recherche du mot qui m’intéresse, moins que le mot en soi.

    Mes récentes explorations en théâtre jeune public m’ont amené à faire danser les mots (Les Flaques), à casser des murs (Les soleils pâles) ou bien à effilocher la temporalité de la nuit (Quand tu seras un homme).
    Et cette fois-ci, dans Fratrie, j’ai cherché une langue double, entre l’irrationnel de l’intérieur et la tempête du dehors. Entre le secret de Léo et sa parole audible.
    À chaque projet sa langue.
    Une pièce appelle sa propre respiration.
    C’est elle qui décide d’abord de sa graphie.

    Il me semble que le public enfant accorde au créateur la liberté du sans-gêne, de l’irrésolu.
    Cela s’accompagne pour moi d’une obligation de sincérité dans la langue, jusque dans la faille, sans les politesses ou les joliesses que s’autorisent les publics adultes.
    Les enfants ne me paraissent pas engoncés dans des certitudes. Ils sont toujours prêts à plonger sans vertige, parce qu’ils n’ont peut-être pas tout à fait désappris de voler. Auprès d’eux, je sens que mon art est une quête, une aventure dont la destination est la pure rencontre humaine. Cette rencontre qui me manque si souvent, entouré de gens grandis.

    Je n’aime pas entendre dire « ce n’est pas pour les enfants, ça ».
    Après tout, le monde est à tout le monde.
    La responsabilité de l’auteur, c’est de gérer la rencontre, sa pudeur et celle de l’autre.
    Mais pour moi, tous les sujets, dans toutes les langues, sont possibles.
    Ce public doit entendre et voir vivre des langues multiples, au risque de s’y égarer.
    La mission du théâtre jeune public pour moi n’est pas éducative. Elle n’est ni une leçon de grammaire ni un devoir de parler bien.

    Au théâtre, par la parole, les règles et le temps sont abolis.
    La différence d’âge n’est pas un enjeu quand j’écris.
    Je le fais toujours pour parler à mon semblable, et ce semblable a bien souvent une toute petite taille, des yeux très grands, des bras trop courts, des branches qui n’ont pas fini de pousser.
    J’écris pour eux, les enfants, et j’aime les entendre me dire : moi aussi. Moi aussi, je me sens comme ça. Comme tes personnages.
    J’écris surtout pour retrouver cette lumineuse connivence.

    Ma langue en est-elle une de la reconnaissance?
    Peut-être.
    Elle est le nœud qui nous relie.

    • Johanne Parent dit :

       »Le monde est à tout le monde. » C’est tout à fait vrai. D’ailleurs, dans la lecture publique de Fratrie, je trouvais que c’était particulièrement vrai. Une des très belle pièce du Festival du Jamais lu. Toute catégorie confondue. Merci.

  2. Jean-Frederic Messier Jean-Frédéric Messier dit :

    Écrire pour les enfants demande avant tout l’identification d’un territoire de rencontre entre les spectateurs et la personne qui écrit. Il faut trouver un endroit, un univers où les enfants pourront se retrouver. Ce qui demande l’exercice singulier d’imaginer le niveau de connaissances du public visé, en se référant à nos propres souvenirs et nos observations de l’environnement contemporain.

    Quels animaux un enfant d’aujourd’hui a-t-il vus de ses propres yeux? Qu’est-ce qu’il voit à la télé?

    Du point de vue du langage, cet exercice aura une incidence sur le vocabulaire, et plus globalement sur le niveau de la langue. Le choix du territoire de rencontre déterminera le type de langage employé. Je crois qu’on retrouve autant de variantes de niveaux de langues en théâtre jeune public qu’ailleurs. Certains auteurs vont privilégier une approche naturaliste des dialogues, d’autres, dont je suis, vont profiter de l’occasion pour se servir d’une langue ludique, poétique, voire littéraire.

    En ce sens, le théâtre jeune public, à la suite de l’autre, s’est affranchi d’une vision strictement apollinienne du médium. C’est-à-dire qu’on n’exige plus maintenant que la langue théâtrale soit pure et propre et qu’elle donne le « bon exemple ». Avant les Belles Soeurs au Québec, on ne parlait pas joual sur une scène de théâtre. La langue en jeune public est peut-être restée propre quelques décennies de plus, mais aujourd’hui on peut sacrer dans un spectacle de théâtre destiné aux adolescents, ce qui n’était pas le cas il y a vingt ans. Si les Belles Soeurs était une forme de décolonisation, ou d’affirmation identitaire par le biais de la langue, on peut dire que le phénomène a maintenant rejoint plusieurs vecteurs de la transmission culturelle.

    En ce qui me concerne, mes nombreuses expériences d’écriture dans le domaine ont cheminé vers une approche de plus en plus minimaliste. J’essaie d’en dire le plus possible en utilisant un minimum de mots. Le public auquel je me suis adressé a sûrement joué un rôle dans cette orientation, mais j’ai l’impression de m’être servi de lui autant que d’avoir écrit « pour» lui. C’est-à-dire que je ne me suis jamais senti restreint par le public auquel je m’adressais, mais au contraire, celui-ci m’a donné l’occasion de me dépasser, et d’être encore plus exigeant avec moi-même.

    Qu’est-ce que je savais de l’amour à sept ans? Est-ce que j’ai envie de répéter ce que j’ai appris?

    On entend souvent dire des spectacles jeunes public qu’ils sont bons pour tous les âges. Je crois que c’est inévitable parce que c’est un public tout simplement plus exigeant. Les adultes peuvent avoir toutes sortes de raisons exogènes à l’oeuvre pour apprécier un spectacle. Le jeune public en général, ne voit rien d’autre qu’on ce que lui présente.

  3. Helene Ducharme Hélène Ducharme dit :

    J’adore écrire pour les tout-petits, j’entends ici les 3 ans et plus. Il est primordial pour moi de ne pas abaisser le niveau de langue de mes personnages parce que je m’adresse à un public qui maîtrise peu sa propre langue et qui n’a pas encore un vocabulaire élargi. Les enfants saisissent beaucoup plus de choses, de mots, de situations que nous pouvons le penser. Voilà pourquoi la place des images est si importante dans mon travail.

    Actuellement, dans mon écriture j’aime partir à la découverte d’autres cultures afin de les partager avec le jeune public. Ainsi, j’ai intégré à mes textes : des mots provenant d’autres langues peu connues comme l’inuktitut et le bambara ainsi que des coutumes très courantes dans d’autres cultures qui ne sont pas du tout connues des jeunes nord américains. Comme l’introduction aux contes d’Afrique de l’Ouest qui débute toujours par Zirin, Namou, conte conté, à raconter ! C’est pour moi une manière de faire découvrir une autre culture en sortant des stéréotypes connus. Mais au-delà des mots nouveaux, des autres langues et des cultures, j’aime aborder des sujets troubles qui questionnent à la fois le jeune public et ses adultes.

    Des images recherchées, une langue soutenue et complexe et des sujets qui me touchent en tant qu’adulte et parent. Pas un souci d’éducation, ce n’est pas mon travail, mais un soucis de transmission. Transmission de valeurs, de ce que j’ai découvert, de ce qui me questionne et me bouleverse en tant qu’être humain. Mais comment transmettre tout ceci au jeune public ? Une censure ? parlons-en ! Oui je me censure quand j’écris pour les tout petits comme pour les adolescents. Je ne me censure pas autour des sujets, non. Mais la façon de les aborder est pour moi différente. Pas dans la langue utilisée mais dans l’angle avec lequel je vais aborder mes sujets. J’ai eu la chance de réaliser un stage en écriture jeune public avec Suzanne Lebeau et elle m’a permis de mettre un mot sur ce sentiment intérieur. La lumière. C’est ma responsabilité en tant qu’adulte auteure qui dirige mon travail vers un jeune public. La responsabilité d’apporter un peu de lumière dans notre monde. Je n’ai pas le droit d’enlever à ces enfants, à ces jeunes l’espoir en la vie. Oui, il y a des sujets graves comme la violence de la colère entre mère et enfant, l’avilissement des cultures et la perte d’identité mais au-delà de cela, il y a la capacité qu’a l’être humain de changer les choses. Ne pas donner toutes les réponses non plus, mais ouvrir des portes. Pas de happy end mais pas de noirceur absolue. On peut pleurer la mort de la femme-phoque mais on peut croire en son bébé phoque adopté, qui deviendra une femme-phoque à son tour et qui aura la capacité de vivre toute la modernité de son monde tout en transmettant sa culture ancestrale.

    L’enfant n’a pas à porter tout le poids de ses générations précédentes qui ont rendu notre monde si laid. Parce que je crois sincèrement que l’enfant possède en lui toute cette capacité à faire avancer notre monde, selon moi, il est du devoir de l’auteur de permettre aux enfants de croire profondément qu’ils ont toute la capacité intérieure de faire mieux que ce que nous avons fait avant. Et nous devons aider le jeune public à le croire, sans donner toutes les clés, mais par la prise de conscience, par le questionnement, sans jamais sous estimer leur capacité à lire entre les lignes et à voir ce que nous ressentons sans oser l’écrire.

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