DE RETOUR À MONTRÉAL

De retour à Montréal. De retour à mon métier de comédien. Je fais du doublage, voilà le formidable arrangement qui rend possible le métier d’écrire, lequel rapporte (dans mon cas) de toutes petites broutilles. Alors, pour ceux que ça intéresse, cette semaine, j’ai fait des trucs en animation, je suis allé enregistrer la voix française de nouveaux épisodes de la série American Dad, dans laquelle je fais un extra-terreste plutôt gay, qui adore s’attifer de perruques, et celle d’un Humpty Dumpty dans un film de chat botté qui sortira bientôt sur vos écrans. J’ai étudié au conservatoire d’art dramatique le métier d’acteur. Celui d’auteur ? Zéro formation. Mais il me semble que tout ce qu’il y a à apprendre sur la spécificité de l’écriture dramatique, je l’ai non pas appris, mais perçu, du point de vue de l’acteur, en faisant mon conservatoire. Étudier l’écriture m’a toujours paru une idée un peu saugrenue. Ce point de vue n’engage que moi, comme on aime à dire au Québec (comme si la précision n’était pas superflue). J’ai toujours pensé qu’on pouvait apprendre l’écriture à force de lire et de s’y risquer, comme l’enfant apprend à parler à force d’écouter et de tenter ses premiers babils. Et qu’accéder à son écriture était une toute autre aventure, plus rare, et forcément solitaire, imprévisible et solitaire. Je continue à écrire des textes (je pense en particulier à mes récents «récithéâtres») qui, aux dires de certains, ne sont peut-être pas tout à fait du théâtre… (Mais, rassurons-nous : ce point de vue n’engage qu’eux.)

Théâtre, ou pas-théâtre ? Je me lasse vite et me moque plutôt, je l’avoue, de ces discussions et de ces distinctions qui me semblent oiseuses. (Quel beau mot, si peu utilisé.) Ce que je prends très au sérieux, c’est le confort et le plaisir de l’acteur, quand il s’empare de mes mots. Si l’incarnation se passe bien, si les acteurs entrent très vite dans un plaisir de dire, s’ils disent se sentir aidés par la pulsation du texte, s’ils y circulent à leur aise, s’ils éprouvent qu’il y a ce qu’il faut dans le texte pour que leur corps prenne vie, alors je suis heureux. Alors il y a une partition pour acteurs qui fonctionne. Alors, oui, le texte est théâtre.

Petit suivi sur le blogue de la semaine dernière, alors que j’étais à Paris, où j’ai fait quelques démarches pour mon projet de théâtre musical — je l’appelle un «opéra-cinéma» —, inspiré du cinéaste Abel Gance. Séjour heureux, bien court, quelques jours seulement, mais profitable, et mon projet a là-bas quelques appuis solides. On m’a signifié que pour lui donner les meilleures chances, il serait bon que je puisse rester durablement à Paris et me rendre disponible pour des rencontres. Par durablement, on entendait une durée de quelques mois, six mois paraissant un horizon souhaitable. Je n’étais pas sans me douter que cela pourrait être essentiel, j’avais d’ailleurs fait au printemps dernier une demande pour le studio du Québec à Paris (durée du séjour : 6 mois) pour 2012, mais je n’ai pas été l’heureux élu. Alors que faire ? Je cherche… Disposer de l’équivalent du budget de la voirie pour refaire quelques segments de trottoir saurait suffire — mais c’est avec de telles pensées que l’auteur dramatique se désespère…

Francois Godin

À propos de Francois Godin

Depuis sa sortie du Conservatoire d'art dramatique de Montréal, où il a été formé en interprétation, François Godin se consacre en parallèle à son métier de comédien et à l'écriture. JE SUIS D'UN WOULD BE PAYS (Prix Gratien-Gélinas 2005) a été mis en scène par Gervais Gaudreault au Théâtre d'Aujourd'hui en 2007. LOUISIANE NORD a été mis en scène par Claude Poissant à l'Espace Go en 2004. Ces deux textes sont publiés chez Leméac. AGNITA, texte gagnant du Concours Douze en scène du Théâtre du Double Signe en 2003, a été mis en lecture par Philippe Lambert à la Semaine de la dramaturgie du CEAD. LA RONDE DE NUIT été mis en lecture par Alice Ronfard au Festival de Trois en 2002 et LE SOURIRE MUET de Léa Papin par Lorraine Pintal à la Semaine de la dramaturgie du CEAD en 2004. François Godin a écrit pour la radio, se méritant à deux reprises le premier prix du Concours annuel d'oeuvres dramatiques radiophoniques de Radio-Canada. Il a signé deux livrets pour des projets lyriques, LISON ET LE LOUP («opéra de chambre pour enfants» / projet en attente de compositeur) et IDANNABEL, inspiré d'un épisode de la vie du cinéaste Abel Gance (musique en cours d'écriture, en collaboration avec Benoit Landry). En 1994 était créé son texte IL N'Y A NULLE PART EN AMÉRIQUE. Avec son texte PAPILLON DU SOIR, présenté à Limoges en 1993, il a été lauréat de la francophonie d'un concours organisé conjointement par le festival de théâtre Les Francophonies en Limousin à Limoges et la SACD (Paris). François Godin a été boursier du Conseil des Arts du Canada, du Conseil des arts et des lettres du Québec et de l'Association Beaumarchais. Présentement, il travaille à la mise en musique de son drame lyrique IDANNABEL ainsi qu'à l'écriture d'une série de textes pour la scène regroupés sous le titre J'ALLAIS JUSTEMENT NE PAS VOUS DIRE QUE...

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