De ma chaloupe

De ma chaloupe.

La proposition du CEAD de tenir ce blogue pendant un mois m’arrive au moment où j’entreprends l’écriture d’une nouvelle pièce.  D’habitude, cette  période est celle que je préfère entre toutes,  quand la pièce est à rêver, quand elle peut encore contenir tout ce qui m’habite.

J’aime les débuts : début du jour,  de la semaine, de l’année, début d’une création.  Il y a tant de beauté dans tout ce qui commence, dit Rilke. Et j’ajoute, tant d’espoir, d’ouverture, de liberté.

J’aime commencer un projet, ouvrir un document immaculé, écrire le titre sur du vide. Et pourtant, cette fois-ci, j’hésite à me lancer dans ce  voyage en solitaire.  Je ne sais plus si j’ai le cran, le souffle, la patience,  la foi  pour traverser cet océan de blanc. J’ai écrit Small Talk sur la couverture d’un nouveau cahier il y a déjà plus d’un mois.  Depuis,  je tourne autour, je niaise, je n’en finis plus de me préparer pour l’expédition.  La chaloupe est à l’eau,  au bout du quai, attachée avec une très longue corde.  Chaque jour je monte dedans, je touche l’eau, j’observe l’immensité, je me laisse balloter,  j’essaie de cartographier le voyage, de prévoir les récifs, les hauts-fonds, les Cap Horn à traverser. Je me rends jusqu’au bout de la corde, pour voir si la barque flotte bien,  si je rame bien, puis je reviens au quai. Je ferme mon cahier. Je me dis : demain, je vais commencer vraiment. Demain, je vais couper la corde, partir pour de bon, quitter la terre ferme. Demain.

Et voilà qu’on me propose une diversion.  Bloguer pour le CEAD.  L’occasion est trop belle de retarder encore un peu le moment de partir en haute mer.  Et qui sait, peut-être que je trouverai dans cette mini expédition l’élan qui me manque pour entreprendre la grande.

Je vous écris donc de ma chaloupe amarrée. La chaloupe de Small Talk, que je n’arrive pas à lancer.  Je parlerai des questions qui m’occupent pendant que je fais du sur place au bout de ma corde, et aussi, peut-être, d’une ou deux raisons qui me retiennent au quai.

Je vous reviens.

Carole Frechette

À propos de Carole Frechette

Carole Fréchette a écrit une quinzaine de pièces qui ont été traduites en plusieurs langues et pour lesquelles elle a reçu divers prix et distinctions, entre autres le Prix du Gouverneur Général et le Prix Chalmers pour LES QUATRE MORTS DE MARIE ainsi que le Prix Sony Labou Tansi pour LE COLLIER D'HÉLÈNE. En 2002, la Société des auteurs et compositeurs dramatiques lui a décerné le Prix de la Francophonie afin de souligner son rayonnement dans l’espace francophone. La même année, à Toronto, elle a reçu le Prix Siminovitch, la plus importante récompense en théâtre au Canada. Son oeuvre comprend aussi des romans et de la poésie.

3 réponses à De ma chaloupe

  1. Johanne Pépin dit :

    Bonjour Carole!
    Bravo pour ce blogue. Je suis vraiment contente d’avoir l’occasion de te lire autrement.
    Tu exprimes ici très bien ce que je ressens quand je commence un nouveau projet de traduction d’envergure. C’est un peu la même chose. Il y a cette période d’apprivoisement excitante, mais graduelle… ce jeu de tire-pousse avant la grande plongée.
    Je profite de l’occasion pour te féliciter de ce beau talent que tu as depuis notre tendre enfance et que tu as su faire évoluer d’une façon si remarquable au fil des ans. Félicitations pour ton oeuvre géniale qui a su mériter la reconnaissance et les récompenses des plus hautes instances de ta profession. Merci d’être là pour nous enrichir de ta créativité touchante, émouvante et toujours empreinte d’une recherche absolue des profondeurs de l’être humain. Je te salue bien bas, grande dame!

  2. Odile Giroux dit :

    Clin d’oeil !
    Vas-y Carole,détache les amarres et remonte le courant. Le soleil scintille sur les vaguelettes.Tu passeras bientôt les rapides du Cheval Blanc,tu contourneras des petites îles qui jadis résonnaient de rires d,enfants et tu arriveras sur un lac ,grand,entouré de montagnes où tu pourras y jetter l’ancre .Ensuite ,après quelques plonges ,tu reviens en te laissant descendre avec le courant… tout ça sous le soleil ! Odile

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